L’incendie de Tchernobyl

Le 4 avril 2020, plusieurs feux de végétation se sont déclarés en Ukraine, dans la zone contaminée d’exclusion autour de la centrale nucléaire de Tchernobyl. En quelques jours, ces incendies se sont étendus jusqu'à atteindre l'environnement proche de la centrale de Tchernobyl tout en rejetant des éléments radioactifs dans l'atmosphère. La circulation des masses d'air les ont transportés jusqu'en Europe de l’Ouest.


Plus de 1 000 pompiers, 120 véhicules, des hélicoptères, des avions mais aussi une flotte de 10 drones étaient mobilisés pour lutter contre ces incendies caractérisés par deux risques supplémentaires dans cette région contaminée par la radioactivité:

  • La remise en suspension d'éléments radioactifs contenus dans les sols et la végétation qui part en fumée ;
  • La proximité des installations de l'ancienne centrale nucléaire.

  • Dans les secteurs soumis aux incendies, les sols présentent des niveaux de contamination radioactive très importants. Ils ont subi, par endroits, en 1986, suite à la catastrophe de Tchernobyl, des retombées supérieures à 1 480 000 Bq/m2 (pour le seul césium 137). Les substances radioactives à longue période comme le césium 137 ou le strontium 90 (demi-vie de 30 ans) ou encore le plutonium 239 (demi-vie de 24 130 ans) sont toujours présentes dans la couche superficielle du sol, mais aussi dans la végétation et les forêts.


    Cette remise en suspension d'éléments radioactifs affecte directement les pompiers et secouristes, les riverains mais aussi les régions voisines. En effet, tout comme le nuage radioactif de Tchernobyl en 1986 - qui avait affecté la quasi-totalité de l'Europe -, les éléments radioactifs sont ensuite transportés sur de grandes distances, jusqu'en en Europe de l'ouest et peuvent contaminer les écosystèmes. De nombreuses questions se posent aussi sur l'impact des incendies sur les nombreuses installations de stockage, entreposage et traitement des déchets radioactifs situées sur le site de Tchernobyl et à proximité. Des quantités colossales de déchets radioactifs sont en effet entreposées ou stockées sur le site de Tchernobyl et ses abords (hors « sarcophage »). Compte tenu des conditions d'intervention en 1986, toutes les tranchées, toutes les excavations utilisées pour y enfouir les innombrables structures contaminées n'ont pas été recensées. D'après l'agence DAZV, l'Agence d'Etat en charge de la Gestion de la Zone Interdite, les doses admissibles ne seraient pas dépassées pour les pompiers.


    Le nuage radioactif a-t-il touché la France ?


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    Selon les modélisations réalisées par l'IRSN, "les masses d'air provenant de la zone des incendies qui se sont produits les 5 et 6 avril ont pu atteindre la France à partir de la soirée du 7 avril 2020. Au 14 avril 2020, ces masses d'air recouvraient encore la moitié du territoire" métropolitain. Cependant, "les niveaux de radioactivité attendus en France sont extrêmement faibles". Précise l'IRSN. Notons que "les rejets survenus entre le 9 et le 11 avril 2020 sont les plus significatifs d'après la modélisation. Les conditions météorologiques qui ont prévalu jusqu'au 14 avril ont favorisé le transport des masses d'air provenant de la zone de ces rejets vers la Biélorussie, le sud de l'Ukraine, l'est de la Roumanie et de la Bulgarie. Elles ne sont pas parvenues jusqu'en France à ce jour." explique l'IRSN qui confirme que "l'impact résultant de l'inhalation de la radioactivité transportée par les masses dans l'air arrivant en France devrait être insignifiant" et resteront "sans conséquence sanitaire pour la population et l'environnement", un constat partagé par les enregistrements des balises d'alerte de la CRIIRAD installée dans la vallée du Rhône.


    La confirmation a été apportée le 24 avril dans une note de l'IRSN : "Les mesures des stations d’Orsay, Dijon, Romagnat et Revin sont significatives (supérieures aux seuils de décision) mais à des niveaux très bas s’inscrivant dans la plage de variabilité du bruit de fond habituel de ces stations." Avec l'arrivée d'une pluie soutenue le 15 avril, les incendies, ont finalement été contrôlés et stoppés à seulement quelques centaines de mètre de la centrale, sans endommager les installations nucléaires autour du sarcophage de la centrale. De nouvelles précipitations le 2 mai ont définitivement éteint les derniers foyers qui étaient encore notamment actifs à quelques kilomètres au sud-ouest de la localité fantôme de Pripyat. Au final, l'UHMI (Ukrainian Hydrometeorological Institute) indique les incendies ont dévasté 800 km² sur le territoire de la zone d'exclusion de la centrale de Tchernobyl et ses zones adjacentes, dont 65